|
Tout
sur GUÉNARD |
L'univers
de l'artiste |
Il y a chez Claude Guénard une certaine passion du jeu. Jeu de mots, jeu des corps, jeu des couleurs, jeu des matières, (libre) jeu des passions. Alors que Georges Bataille s’amusait dans les cafés parisiens à montrer des photographies de sacrifices humains aux personnes venant s’attabler, Claude Guénard, lui, joue à provoquer les gens venus s’attarder devant ses dessins nus et crus.
Seul le jeu désacralise, il est le principe du détournement, la liberté de changer le sens de tout ce qui sert le pouvoir. Ainsi, Claude Guénard désacralise, s’amuse avec les références artistiques obligées, les reliques de salle des ventes, les images de papier glacé. Il les chahute, les malmène, toujours avec malice et désir. Il culbute les valeurs de la représentation et crée des liens étroits entre les mots, le dessin et le modèle. « La vie est un jeu de mots » écrivait Tristan Tzara. En privant Chanel de son A, il crée « Ch-nel »/Schnell. Coco et l’occupant allemand ? Peu importe. Certains diront que Guénard s’emploie à briser les tabous. Et s’il s’amusait tout simplement à cacher le A emblématique sous le bac de pigment pur comme jadis le petit fils de Freud faisait disparaître sa bobine sous un lit ?
Pas de « Da », ici c’est Schnell. Vite. Dans un geste simultanément maîtrisé et déchaîné, Guénard déconstruit, réordonne, recompose des images pleines de fougue. Pulsions, frustrations, volonté de puissance, tout y est, dominé par la dérision et l’humour. C'est en jouant les jeux les plus beaux, écrivait Platon, que tout homme et toute femme doivent occuper leur vie. Claude Guénard l’a bien compris.
Diane Lisarelli
Journaliste aux Inrockuptibles
Retour à l'accueil