La peinture figurative semblait avoir déjà tout dit. Depuis le temps que dure cette histoire, cette histoire de la représentation en Occident, on pouvait espérer que les artistes avaient enfin épuisé le sujet de la peinture. Il n'en est rien et ces dernières années plusieurs expositions nous ont prouvé la vitalité de l'acte pictural dans notre monde contemporain. Cela tient sans aucun doute aux espoirs déçus autrefois placés dans la photographie ou le cinéma. Malheureusement, ces images ne parlent pas mieux, ni plus justement de notre quotidien. Ce serait même l'inverse. Le débat sur la perte du réel, cette idée que notre existence est plus conditionnée par les fictions imposées par les médias que par une vraie expérience de la vie, vient sans doute des impasses de toutes ces représentations qui habillent les murs de nos villes et tapissent le soir les salons des familles. C'est sans aucun doute grâce à ce manque que la peinture a enfin réussi à prendre la plus éclatante de revanches. Claude Guénard fait partie de ces rares artistes qui ont contribué à ce renversement. Chez lui, nul besoin de s'engager dans la recherche d'un absolu épuré. C'est du côté de la vie, de ses voyages, de ses coups de têtes et bien évidemment de ses amours que l'homme a trouvés à la fois la source de ses sujets mais aussi un sens à ses compositions. La plupart des œuvres de Claude Guénard ont pour point commun de rayonner à partir d'un centre avec comme motif central une figure qui distribue l'action, les personnages et les décors. Ces compositions parlent donc d'un homme qui se place au cœur de l'univers. Car l'expérience qu'il fait du quotidien lui permet de distribuer ses sentiments, de faire semblant de les organiser avant de les jeter sur la toile. De cette façon, il peut, par la couleur, par des gestes à la fois maîtrisés et parfois emportés, montrer combien le monde se construit sur ses propres contradictions. Rien n'est simple dans ses œuvres. Certains personnages semblent se faire la guerre, d'autres au contraire trouvent visiblement dans l'amour et l'acte charnel les raisons de leur présence. Mais qu'importe. Ce qui compte, c'est bien que ces œuvres sont des témoignages allégoriques de l'artiste. Les toiles, les dessins et sculptures ne nous parlent pas de sa vie. Elles ne sont pas le catalogue des anecdotes de son quotidien. Simplement, elles puisent dans l'expérience d'un homme leur matière et leur énergie. Car la leçon principale des œuvres de Claude Guénard est de nous entraîner dans un monde ou l'autre n'est pas réduit à une image glacée, ou il est un véritable acteur soudain placé dans l'arène d'un univers désormais sous le signe de la contradiction. Mais, c'est justement en transcendant ces contradictions qu'il nous est encore possible de vivre. Cela, Claude Guénard le sait depuis longtemps.

 

Damien SAUSSET
Critique d'art